Pulljay Festival, Histoire & Culture Quechua – par Gaspard

Nous sommes à Sucre la troisième semaine de Mars… Et le 3ème week-end de Mars se déroule à Tarabuco (65 km à l’est de Sucre) le festival PullJay… Celui ci remémore les batailles gagnées par les Quechuas contre les Conquistadors espagnols… Mais avec le temps, c’est aussi devenu le festival qui regroupe les habitants de plus de 60 villages environnants… Et c’est 48h de fêtes improbables.

Un peu d’histoire … Le 12 mars 1816, Tarabuco a été le théatre de la bataille de Jumbati, bataille dirant laquelle les villageois des alentours ont réussi à botter les soldats espagnols hors de la ville. En commémoration de cette victoire, Tarabuco organise des processions le 3ème dimanche de Mars, et plus de 60 communautés des alentours viennent célébrer et défiler en costume traditionnel.

D’ordinaire, Tarabuco est connu pour son marché dominical déjà haut en couleurs, avec pas mal de bus qui partent de Sucre pour y emmener les voyageurs. Avec le festival PullJay (Danse & Jeu en Quechua), c’est toute la ville de Sucre qui affrète des bus, des collectivos pour que tout le monde puisse s’y rendre afin de célébrer la victoire contre les envahisseurs. En plus de célébrer l’indépendance, le festival est également dédié à la commémoration de ceux qui sont morts et à exprimer sa gratitude à la déité andine Pachamama (Mère Terre).
Parfois, cet important festival bolivien accueille des représentants du gouvernement, dont le président lui-même, et joue un rôle essentiel dans la préservation des traditions quechua-yampara. Bon, cette année, il ne viendra pas.. Mais le Président est très attaché à la préservation des cultures autochtones. 

Avec toutes ces informations, nous nous disons que d‘y aller que le dimanche nous parait un peu juste, nous décidons donc de partir le week-end complet avec une randonnée le samedi afin de joindre le village d’une des communautés, puis nous rejoindrons le gros des troupes de le lendemain. 

Nous laissons le gros de nos bagages dans l’hôtel que nous retrouverons en fin de week-end, et nous allons au point de rendez-vous de l’agence Condor Trekkers. C’est avec eux, et leur guide francophone que nous arpenterons les montagnes de Tarabuco. Avec nous, une Allemande qui finit ses 3 ans de Tour du Monde… et une jeune française qui travaille à l’agence.

Le départ est donné tôt le samedi matin, et on commence avec deux bonnes heures de bus dans la Pampa. Nous sommes un peu chargés par les pique nique que nous transporterons, mais c’est Maman qui les portera pour la randonnée.

 

Nous ferons les 8 kilomètres de la randonnée dans les montagnes, un peu seuls au Monde. Nous ne croiserons que des enfants bergers qui font paitre les lamas dans les hauteurs.

En milieu d’après midi, nous arrivons au village nous passerons la nuit. Là, nous avons droit à une mise en bouche de la journée de demain. Les Villageois (hommes majoritairement) sont habillés en costume traditionnel, et se préparent à danser autour de la Pukara. La Pukara, c’est une énorme construction en bambou sur laquelle sont déposés des fruits et légumes par la Communauté pour célébrer la Pachamama.

C’est très étonnant de les voir tous ainsi, quasiment en transe. Trois hommes font de la flute de pan, et les autres tournent autour de la Pukara en rythme. Leurs costumes traditionnels sont hauts en couleur, mais ce qui nous étonne le plus, ce sont leurs sandales, qui sont avec des roues en fer à l’arrière. Nous demandons au guide de nous expliquer pourquoi ils ont cela aux pieds, et il nous répond que lors de l’assaut des espagnols en 1816, les natifs n’ont trouvé que cette parade pour faire croire qu’ils étaient nombreux. Et devant autant de bruit dévalant de la montagne, les Espagnols ont fui croyant se faire décimer.

 

Toute cette célébration se fait sous le regard des anciens, qui racontent de génération en génération le succès de cette bataille. Les Quechuas n’ont pas beaucoup la culture de l’écrit, l’Histoire se transmet oralement.

Les spectateurs que nous sommes ne sont pas en reste, nous participons à notre manière à l’effort en goutant la mixture locale qui est proposée à tous. Ce sera une sorte de soupe de quinoa avec des morceaux de viande. On a connu plus sucré comme goûter!

 

Plus tard dans l’après midi, nous visitons le village et un match de foot est organisé avec les enfants du village. Nous ne sommes que 5, donc on embarque avec nous un autre groupe de voyaguers qui loge dans le meme village que nous. Le match est difficile parce que les locaux ont mis des chiens dans les buts… Et puis nous, nous ne sommes pas habitués à courrir à plus de 3000 mètres, donc on souffre. On a quand même réussi à gagner 5-4, mais on a souffert et on a sué!

 

Une fois le soleil couché, nous sommes allés chez le chef du village pour aider à cuisiner, nous avons pu voir comment étaient les intérieurs des maisons. Il y a une pièce pour la cuisine, avec un feu de bois et la réserve des provisions, et une seconde pièce qui sert pour les repas, la nuit et les rencontres avec la famille. Plusieurs générations vivent sous le même toit. Par rapport à nos maisons de France, c’est moins confortable, mais ils ont « tout ce qu’il faut pour être heureux » nous dit Juan le chef du village, donc on le croit.

 

Pour la nuit, nous sommes en dortoir dans la maison que la communauté a construit pour les voyageurs. C’est une randonnée « éco-responsable », en fait, l’argent qu’on a donné pour avoir le guide et participer au festival, une partie est donnée aux villageois pour leur apprendre à avoir des voyageurs qui viennent partager leur vie.

 

Le dimanche matin, nous avons encore un peu à marcher pour rejoindre Tarabuco, 6 kilomètres, mais cette fois ci par la route. Enfin, le chemin de terre qui relie les deux villages. Avant de partir, nous passerons voir une jeune fille du village qui fait de la tapisserie. Elle nous expliquera combien de temps il faut pour un dessus de lit, pour un poncho, ou pour un sac. Margot et Louison essayeront un peu. Nous ne lui prendrons rien, elle est déçue, mais avec nos sacs à dos, nous n’avons pas beaucoup de place pour embarquer des souvenirs, et il y a encore une grosse semaine de voyage en Bolivie, on ne peut pas se charger.

 

Une fois que nous sommes en route pour Tarabuco, nous sommes étonnés de voir des papis/mamies qui vont dix mille fois plus vite que nous sur le chemin. Nous, on va mettre une heure 1/2 pour faire le trajet, quand eux mettent à peine une demie heure, et pourtant ils sont bien chargés avec leurs costumes et leurs ponchos. On a beau être en altitude depuis plusieurs jours maintenant, nous ne sommes pas aussi performants qu’eux.

 

 

Tarabuco est en vue, on entend déjà au loin les musiques et on voit la foule qui converge. Tout est bien calé d’années en années, la célébration de Pujllay commence par une messe Quechua (à6h du matin, nous la manquerons… Flûte!) suivie d’une grande procession au cours de laquelle plus de 60 communautés boliviennes de la région portent des bannières identifiant leur origine.

Nous arrivons en ville et sommes très étonnés de ce que nous voyons. Le festival coïncide avec le marché dominical déjà très réputé. On trouve de tout à Tarabuco: des vêtements forcément (ponchos et bonnets), de la nourriture (cochons, bœuf, légumes et fruits), mais aussi d’autres formes d’artisanat comme un monsieur qui recycle des pneus pour en faire des chaussures.

 

Nous voyons plein de groupes se presser autour de la place, chaque groupe porte des costumes traditionnels élaborés, même notre guide d’hier participe au festival et va danser. Un des points forts du défilé sont les tenues portées par les hommes, avec des coiffures, ponchos, éperons et pantalon à large jambe ressemblant aux conquistadors espagnols. On hésite entre sourire et admirer… C’est tellement loin de ce qu’on a déjà vu, même depuis le début du voyage. 

 

Puis, vient le « clou » du spectacle. Dans un champ en contre-bas du village, les habitants soulèvent la « Pukara » qu’ils ont au préalable couvert de fruits, de pain, de viande et d’autres produits agricoles comme offrandes à Pachamama pour s’assurer que la terre est fertile pour la prochaine récolte.Pendant des heures, les gens dansent autour du Pukara. Au terme de la cérémonie, les offrandes sont partagées entre les participants.

 

C’était une journée particulière, vraiment haute en couleurs. Nous en avons pris plein les yeux, et aussi plein les oreilles. La flûte de pan résonne encore dans nos têtes sur le trajet retour pour Tarabuco.

 

 

 

 

 

 

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