Au temps « des Moche et des Chimù » – par Gaspard

 

On dit souvent que l’Amérique a été découverte par Christophe Colomb, c’est vrai, il a permis au monde occidental de connaître ce nouveau continent. Il y a pourtant une chose que j’ai apprise avec le voyage en Amérique du Sud, c’est que l’Histoire des peuples ne commence pas en 1492… Mais bien avant.

Au Chili déjà, nous étions allés voir le Géant d’Atacama, qui date de 2000 avant JC, mais c’est au Pérou que nous avons vu le plus de vestiges, entre les aqueducs de Nazca, les temples de l’époque des Incas dans la vallée sacrée. Et, dans le Nord du Pérou que nous avons trouvé des civilisations encore plus anciennes, que les Incas ont réduit à néant en un rien de temps.

En faisant route vers Trujillo, au Nord du Pérou, trois sites attirent les parents, ces sites sont incroyablement conservés et pourtant ils datent de l’Antiquité pour deux d’entre eux.

 

CERRO SECHIN – Démonstration de puissance guerrière. 

Nous commençons par le Cerro Sechin, un vaste temple que nous visiterons, guidé par le jardinier du site, un grand passioné. A première vue, c’est un temple comme nous en avons déjà vu beaucoup, avec des bas reliefs sculptés. La ville est une vaste étendue qui fait plusieurs hectares, tout n’a pas été étudié encore. Les archéologues trouvent encore aujourd’hui des pièces qui datent de 3000 avant JC, et ils pensent que la ville comptait jusque 40000 personnes.

Le temple, découvert en 1937,  date de 1600 avant JC. Quand on s’en approche, les détails sont surprenants. Ce ne sont pas des bas reliefs habituels avec des scènes de vie, ce ne sont que des gravures des tortures qui étaient infligées à ceux qui perdaient des territoires. La guerre agricole était importante à cette époque, et dans les conditions très chaudes et arides de la région, il fallait défendre son bout de terre pour continuer à nourrir les habitants.

 

 

On apprend beaucoup sur les tortures de l’époque, on coupait le ventre, donc ce qui ressemble à des cheveux, hé beh non, ce sont les boyaux qui pendent. Ensuite, on coupait les têtes aussi. Et enfin, le pire du pire, c’est qu’on enlevait les yeux. Parce qu’à cette époque, ils croyaient à la vie au delà et ils ne souhaitaient pas que les victimes reconnaissent dans une autre vie leurs bourreaux… Intéressant. On y voit autant les vainqueurs (triomphants) que les vaincus.

C’est donc le jardinier qui nous explique tout ça en mimant les sévices parce que nous n’avons pas le vocabulaire en espagnol, et il ne sait pas expliquer en anglais. La visite est du coup assez drôle avec ce monsieur qui fait l’acteur en faisant des grands gestes pour tout mimer.

On termine la visite par le musée des pièces d’argile et de fer qui ont été découvertes lors de la mise à nu du site. Il n’y a qu’en Grèce et en Turquie que nous avions vu des pièces aussi vieilles aussi bien conservées. Le génie humain de la construction était universel, les Sud Américains n’ont pas attendu les Espagnols pour leur artisanat.

 

 

 

CERRO BLANCO – Les temples des Moches. 

Nous continuons notre découverte pré-inca, avec le site Huasca de la Luna. C’est le site des « Moches », qu’on prononce ‘moché’. Les Moches ont vécu entre le 1er siècle et l’an 700.

Nous visitons le Temple de la Lune, qui fait face au Temple du Soleil complètement effondré. Il faut dire que les deux constructions sont faites exclusivement de briques d’adobe et que l’érosion ne leur fait pas de cadeau. Les scientifiques ont dénombré 150 Millions de briques pour chacun des temples. 150 millions faites toutes à la main…

Sur le site que nous visitons, à chaque nouveau souverain, un nouveau temple était bâti sur le précédent, c’est ce qui donne la forme de pyramide aztèque. Les temples se superposent. En visitant l’intérieur, nous avons visité 4 étages, qui sont en fait 4 temples différents. Selon les archéologues, il y en a 7. On les distingue avec les couleurs des mosaïques. Nous avons visité la salle de préparation des sacrifices, ça se faisait vraiment beaucoup à cette époque là. Les personnes étaient préparées et droguées à la coca dans des salles communes, puis elles étaient jetées depuis le haut d’un mur sur une grosse pierre, la pierre des sacrifiés.

 

 

Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est que les dessins au mur font beaucoup penser à des dessins qu’on voit en Asie. Ce sont des dragons qui sont gravés puis peints. De là, on imagine que des asiatiques ont pu descendre depuis les mers du Grand Nord sur le continent américain pour s’installer ici. La ressemblance est tellement troublante qu’on fait des théories sur les migrations du temps de l’Antiquité.

 

 

Nous avons aussi accès aux rampes sur lesquelles étaient montées toutes les offrandes (humaines, animales ou végétales) que le Grand Prêtre utilisait à sa guise. Les Moches ne croyaient pas à la lune, ni au soleil, ce sont les Espagnols qui – pensant que ces temples étaient incas – les ont nommé ainsi parce qu’ils se font face. Et comme les Moches n’avaient pas la culture de l’écrit et que leur civilisation a été décimée, nous ne saurons jamais le vrai nom de ces deux sites antiques. Nous n’avons plus de traces des Moches après le 8ème siècle, ce sont les Chimùs qui ont pris le dessus et ont fondé les nouvelles villes aux alentours.

 

Chan-Chan – l’apogée des Chimùs.

Nous y sommes allés car c’est la plus grande cité pré-hispanique des Amériques et la plus vaste cité en Adobe de la planète. D’une superficie d’environ 20 km2, Chan-Chan fut construite par le royaume de Chimor – d’où vient le nom de Chimù (qu’on prononce vraiment ‘chimou’).  C’est une très grande cité en adobe qui a été construite entre 850 et 1470 après JC. La ville comptait environ 30 000 habitants répartis – pour les riches et les bourgeois – dans une dizaine de citadelles, et pour les autres dans de petites habitations de terre cuite. Toutes les citadelles sont dédiées à un roi. Il fallait entre 15 et 20 ans pour construire un palais, donc il y en avait toujours un en construction pour le roi suivant. Pour avoir une vue d’ensemble, nous passons d’abord par le musée de Chan-Chan qui a une représentation en miniature de la cité à son apogée. C’était énorme!

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Les constructions sont très impressionnantes, aujourd’hui, on ne visite qu’une citadelle – le palais Tschudi – du nom de celui qui l’a découvert -, construit en 1300 ap JC -. Les autres citadelles ne sont pas accessibles car les fouilles archéologiques vont prendre beaucoup beaucoup de temps. Nous faisons la visite avec une guide francophone, qui s’annonce comme une descendante Chimù. Nous commençons par passer la porte immense, creusée dans un mur de briques de terre de 10 mètres de haut. A droite, le chemin décoré de bas reliefs sculptés pour les nobles qui mène à la cour intérieure de représentation; et à gauche, le chemin des caravanes de lamas qui venaient livrer les marchandises nécessaires à la vie de la cité.

 

 

Les bas reliefs sont présents dans tous les murs que le souverain ou que les nobles verront, ils représentent les activités de l’époque, notamment la pêche. Nous verrons des représentations de mouettes, de pélicans, mais aussi de nombreux poissons. Les reliefs sont également des filets de pêche. Les lignes qui montent et descendent sur les murs représentent les marées. Tout tourne autour de la mer, qui est à  2 km à vol d’oiseau.

Dans la grande cour des offrandes, il y a au centre une estrade où seront déposés tous les présents. C’est immense. Puis depuis le couloir des nobles, nous atteindrons la « réserve » des offrandes, où seuls les prêtres étaient autorisés à entrer pour stocker les marchandises. Les fouilles ont révélé des traces d’épices, des céramiques, des pièces d’or et de métal. Mais aussi quelques restes de corps humain, décidément, ils aimaient bien les sacrifices à cette époque.

 

 

Nous continuons pas le réservoir, derrière le palais, aujourd’hui, il est plein d’herbe, mais c’était la réserve d’eau douce, et c’est aussi sur ce bassin qu’ils faisaient leurs études d’astronomie – eux aussi, comme les Incas -. Enfin, nous terminerons pas le couloir des caravanes et passerons à coté des anciens entrepôts où ont été retrouvés des excréments d’animaux pour valider le passage des caravanes de lamas, mais aussi des restes de tonneaux de sels qui servaient à conserver les viandes et les poissons.

Au delà du bassin, il y aurait la tombe du souverain et de toute sa famille, il était d’usage, quand un souverain mourrait que les nobles de la cour se suicident collectivement pour être enterrés à ses côtés. Ça nous paraît incroyable et assez lugubre.

 

 

La ville est protégée maintenant car elle appartient au Patrimoine Mondial de l’Unesco, mais sa proximité avec la mer accélère son érosion, et le changement de climat également car normalement aride cette région de Trujillo connaît depuis plusieurs années des pluies torrentielles, qui ne sont pas bonnes pour les constructions en terre. C’est donc une sacrée chance d’avoir pu la visiter, je crains que quand je serai grand la ville n’existe plus comme je l’ai connue.

Quand les parents nous ont prévenu que nous faisions ces visites, nous avons fait un peu la tête parce que des temples de sable, franchement, ça ne nous faisait pas envie, on préférait aller à la plage tout près. Mais là où je suis content, c’est que j’ai appris et je crois vraiment à la vie avant les Espagnols; je trouve cela bien que les civilisations pré-colombiennes, et pré-Incas soient racontées. Et puis j’ai appris aussi un super truc, c’est que je pense savoir où Hergé a trouvé son idée de statuette pour l’album « L’Oreille cassée », je sais pas vous, mais moi je trouve que la statuette du musée de Chan-Chan lui ressemble beaucoup.

 

 

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