La teinture iranienne – par Amélie

Lors de notre arrêt à Showt, à peine 24h après notre arrivée, je me retrouve au milieu des femmes de la famille… De longues discussions s’enchaînent, ponctuées de rire. On ne parle pas la même langue, mais avec un peu de « body language » et de mime, on arrive à se comprendre et à se faire comprendre. Au fil des discussions, j’explique qu’elle aimerait être moins ‘blonde’… Donc je cherche un coiffeur, quitte à tuer quelques heures avant de retourner à l’hosto, autant que cela serve à quelque chose.

Et puis, je n’ose pas l’avouer, mais je me suis essayée à la teinture toute seule en Turquie, et ça n’a pas été un franc succès… La couleur devait être châtain foncé, je me suis retrouvée avec un caramel « Werther’s Original » sur le crâne… Horrible!!! Quand bien même le voile peut tout cacher en Iran, y’a pas de raison que la famille subisse cette couleur abominable. Donc, je demande à la famille de Saber pour aller chez le coiffeur, il est 15h, ça peut aussi faire avancer un peu la pendule… Les femmes sont d’accord, elles m’emmèneront, mais à 17h seulement… Parce qu’en Iran, entre 14h et 17h, il ne se passe rien… mais rien de chez rien. On comprendra vite pourquoi au fil des semaines… Vous vous souvenez du sketch de Timsit sur Koumac… L’Iran en Aoüt, c’est Koumac ! Et quand il fait 40 degrés à l’ombre, et qu’il n’y a pas d’ombre, on ne sort pas.

Parva m’emmène donc chez le coiffeur avec les filles. Heureusement qu’elle était là, parce qu’autant les coiffeurs des hommes ont pignon sur rue, autant les salons féminins sont bien cachés. Hé oui, comme on se dévoile chez le coiffeur, il faut le faire à l’abri des regards indiscrets…

Une fois chez la coiffeuse, les filles tombent sur une jeune fille qui se fait faire un chignon pour son mariage le soir même, puis la coiffeuse prend les choses en main. On décide ensemble de la couleur, châtain foncé, ça devrait fonctionner. Les femmes présentes dans le salon s’affairent toutes autour de moi, effectivement je suis une attraction… déjà j’ai les cheveux lisses, fins, blonds… et peu abîmés. Les femmes iraniennes ont des beaux cheveux, mais cachés toute la journée, donc un peu abîmés avec le frottement du voile. Les cheveux libres, au vent, elles ne connaissent pas vraiment.
L’essentiel du travail d’une coiffeuse est de coiffer, pas forcément de colorer, ni même de couper les cheveux. Le salon n’est pourvu que d’un bac, on est bien loin de nos salons français. Au mur, aucune image de femme ni d’homme avec des idées de look… rien…

La teinture sur la tête, je découvre malgré moi que les produits chimiques et abrasifs sont bien d’actualité en Iran. Au bout de 10 minutes, le crâne me brûle… mais il faudra encore patienter une bonne trentaine de minutes supplémentaires pour que la teinture fasse effet. Je prends donc mon mal en patience en envoyant quelques photos aux copines, et en chattant un peu sur WhatsApp. Je suis hyper contente d’avoir enfin réussi à me connecter à Internet en Iran, mais le WIFI n’est pas censé être ouvert et la coiffeuse me fait les gros yeux en me voyant faire… Je me déconnecte très vite. J’ai eu quand même le temps de voir qu’hormis WhatsApp, je n’aurai pas de vrai lien vers l’extérieur du pays. Facebook est censuré, notre blog aussi, et quelques sites de news français également. On fera avec, et me connaissant, je trouverai vite le plan B pour by-passer tout ça !

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Une fois tout le processus terminé, place au lavage des cheveux et au brushing. Le brushing est fait selon les règles de l’art, même si je me retrouve au final avec un brushing « Les Feux de l’Amour ».

Le résultat est finalement bon, j’ai sur la tête une tignasse châtain, comme demandé. Vient alors le moment de payer. En France, dans un salon de quartier, on s’en serait sortis pour 110 € au bas mot, dans une chaîne au moins 150 €. Là, certes j’ai payé 700 000 rials, ça paraît élevé, mais avec notre taux de conversion, la note est finalement de 12 €… Le meilleur rapport qualité prix jamais trouvé !

Le retour à la maison de Sauber est assez rigolo, tout le monde me touche les cheveux, y va de son commentaire sur la couleur, la texture… et je pense faire quelques envieuses d’avoir des cheveux fins. Je me sens bien, belle, un peu beaucoup plus qu’avec le caramel que j’avais infligé à mon crâne les dernières semaines. Me voilà donc ‘capillairement’ parlant prête pour ce pays !

Ce que j’ai adoré cette après-midi-là, c’est la connivence hyper rapide et intense qui s’installe entre les femmes. Je me rends déjà compte après 24h à peine dans ce pays qu’être une femme ici est bien différent de tout ce que j’ai pu connaître jusque maintenant… Mais je me rends compte aussi qu’elles font corps entre elles, qu’elles se soutiennent, qu’elles se parlent. Alors je me dis que durant les 3 prochaines semaines, je n’aurai peut-être pas de contact facile avec les hommes, en revanche, je trouverai refuge, accueil, et bienveillance auprès de mes comparses féminines. Et rien que de penser que je peux passer encore de bons moments comme aujourd’hui, j’en suis ravie.

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